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Justice Sociale / Démocratie Directe / Nation Europe et الأمة العربية de Stéphane Parédé ستيفان بردي

POURQUOI LE PCN COMBAT AUJOURD'HUI ! WHY PCN-NCP FIGHT TODAY !

23 Janvier 2013 , Rédigé par justicesocialeetdemocratiedirecte.over-blog.com

POURQUOI LE PCN
COMBAT AUJOURD'HUI !
WHY PCN-NCP FIGHT TODAY !

Pourquoi nous combattons aujourd’hui (2e Partie)
PRIDNESTROVIE, ABKHAZIE ET OSSETIE DU SUD :
SUR LE FRONT DES REPUBLIQUES DE LA « CEI-2 »

 

Par Luc MICHEL

RETOUR 1E PARTIE    

Un des points chauds de cette confrontation, ce sont les Républiques auto-proclamées de Pridnestrovie, Abkhazie et Ossétie du Sud, que l’on appelle aussi la « CEI-2 ». C’est là que la confrontation entre l’OTAN et la Russie s’exprime directement, aux frontières caucasiennes et aux marches européennes de la Russie.

 

« LES REPUBLIQUES VENUES DU FROID »

L'Abkhazie (capitale Soukhoumi), ex-république autonome de la Géorgie soviétique depuis 1931, a combattu les forces géorgiennes de 1992 à 1994, au lendemain de la dissolution de l'URSS en décembre 1991. Soukhoumi ne reconnaît pas la souveraineté de Tbilissi sur son territoire et applique une politique visant à accéder à une indépendance reconnue par la communauté internationale.

Ex-région autonome de la Géorgie d'après la division administrative de l'URSS, l'Ossétie du Sud (capitale Tskhinvali) a proclamé son indépendance le 20 septembre 1990. Tbilissi a alors riposté et les opérations militaires ont fait des milliers de morts de part et d'autre de 1990 à 1992. Lors du premier référendum de janvier 1992, au lendemain de la disparition de l'URSS, l'Ossétie du Sud s'est massivement exprimée en faveur de son indépendance envers la Géorgie. Les Sud-Ossètes mettent le cap sur le rapprochement avec l'Ossétie du Nord, république du Caucase du Nord russe, notant que les Ossètes, du Nord comme du Sud, ont bénévolement intégré la Russie en 1774, une bonne trentaine d'années avant la Géorgie. Près de 99% des Sud-Ossètes ont dit « oui » au référendum organisé ce 12 novembre 2006 par les autorités séparatistes et proposant de faire de la région un Etat indépendant. Tskhinvali ne cache pas son objectif stratégique de réunification avec l'Ossétie du Nord, une république russe du Caucase du Nord, et refuse catégoriquement de reconnaître la souveraineté géorgienne sur son territoire.

La Pridnestrovie (la PMR, capitale Tiraspol), zone la plus industrialisée de l'ancienne République soviétique de Moldavie et peuplée aux deux tiers par des Slaves, a proclamé son indépendance envers Kichinev en 1992, après la dislocation de l'URSS et à l'issue de plusieurs mois de combats contre les forces moldaves pro-roumaines. Depuis, Tiraspol refuse de reconnaître la souveraineté moldave sur son territoire et applique une politique indépendante, renforcée après le référendum sur l'indépendance de septembre 2006, très largement remporté par les partisans du rapprochement avec la Russie. Le 17 septembre dernier, un référendum a eu lieu en effet en République Moldave de Pridnestrovie (PMR), et, dans le cadre de cette consultation nationale, la majorité écrasante de la population de cette république autoproclamée s'est prononcée pour la poursuite de la politique d'indépendance de la Pridnestrovie et de son union avec la Russie.

Enfin le Nagorny-Karabakh (capitale Stepanakert), qui se veut « le deuxième Etat arménien », enclave à majorité arménienne en Azerbaïdjan, a fait sécession de Bakou au terme d'un conflit armé qui a fait, entre 1988 et 1994, des milliers de morts. Le Haut-Karabakh bénéficiait, au sein de la république soviétique d'Azerbaïdjan, du statut de région autonome. En 1988, à la faveur de la perestroïka gorbatchévienne, la population locale a exigé la réunification de l'enclave à la république soviétique d'Arménie. Malgré de multiples tentatives de Moscou de faire revenir le calme dans le pays, une véritable guerre a éclaté entre la région et l'Azerbaïdjan après la chute de l'URSS en 1991. Le 2 septembre 1991, les autorités séparatistes ont proclamé l'indépendance de la République du Haut-Karabakh englobant la région autonome du Haut-Karabakh et le district de Chaoumian. Un cessez-le-feu est intervenu en 1994 mais la situation reste tendue, malgré des efforts de médiation du groupe de Minsk de l'OSCE. Depuis, des négociations sont en cours à différents échelons entre Bakou et Erevan.

 

QUATRE « CONFLITS GELES »

Quatre « conflits gelés » perdurent autour de ces quatre républiques, que l’on tente, avec l’appui de l’OTAN et de Washington, d’annihiler par la force. En Abkhazie et en Ossétie du Sud agressées par la Géorgie, les combats n'ont cessé qu'après l'intervention d'une force internationale de maintien de la paix. La situation reste tendue dans le Haut-Karabakh, malgré le cessez-le-feu et les efforts de médiation de l'OSCE. La Pridnestrovie réclame depuis 16 ans son indépendance par rapport à la Moldavie, au travers de plusieurs referendum, et abrite un contingent de paix russe malgré l'opposition moldave.

A noter que le 30 septembre 2006, les présidents des parlements de trois de ces républiques non reconnues – mais néanmoins en Droit international reconnues comme « sujets de droit international » en tant que parties à des conflits – (Abkhazie, Ossétie du Sud, Pridnestrovie) ont signé un accord instituant l'Assemblée parlementaire de la Communauté « Pour la démocratie et les droits des peuples ».

Cette Communauté, qualifiée depuis de « CEI-2 », a été instituée en juin 2006 par les leaders des trois républiques et le Traité d’amitié prévoit une assistance mutuelle au niveau politique et économique, mais aussi, en cas d’agression, une assistance militaire.

 

LE COMBAT DE LIBÉRATION DE LA GRANDE-EUROPE
PASSE PAR TIRASPOL, SOUKHOUMI ET TSKHINVALI

Nous avons choisi de nous engager aux côtés de ces jeunes Républiques et de leurs dirigeants courageux.Non seulement parce que le combat de libération de la Grande-Europe passe par Tiraspol, Soukhoumi et Tskhinvali, mais aussi parce que nous sommes idéologiquement proches d’elles (1) (comme nous le sommes du Belarus du président Lukashenko, avec son « socialisme post-soviétique ») et singulièrement de la Démocratie directe en action à Tiraspol (2).

 

L’OTAN C’EST LA GUERRE EN EUROPE !

Mais notre solidarité avec nos frères de Pridnestrovie, d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud n’implique aucune hostilité de notre part envers les peuples de Moldavie et de Géorgie, conduit à la guerre et au chaos par leurs mauvais dirigeants pro-américains. Depuis 40 ans nous affirmons que l’OTAN c’est la guerre et le militarisme. Et les conflits de la « CEI-2 » le démontrent à nouveau.

C’est l’OTAN qui pousse à la pérennisation de ces conflits, à l’hostilité entre les peuples voisins. Parce que l’OTAN a intérêt à créer des abcès de fixation, à entretenir la logique de guerre pour laquelle elle a été créée. Parce que l’OTAN soutient directement les extrémistes aux thèses fascisantes de Kichinev et de Tbilissi (comme elle le fait aussi dans les pays baltes en soutenant étroitement les extrémistes baltes dans leur haineuse xénophobie anti-russe), contre les partisans de la paix.

Moscou a proposé divers plans de paix, sur base de la fédéralisation des Etats concernés, tous torpillés par les extrémistes soutenus par l’OTAN.

C’est l’OTAN, Washington et la division de l’Europe qu’ils entretiennent depuis 60 ans qui est responsable de toutes ces guerres civiles entre Européens. Demain, dans la Grande-Europe, unie, grande et libre, de Vladivostok à Reykjavik, il n’y aura plus de place pour des guerres civiles de division entretenues par l’étranger pour des intérêts impérialistes extra-européens.

 

DEMAIN TOUS CITOYENS UNIS
DE NOTRE GRANDE PATRIE EURASIATIQUE !

Nos frères de Pridnestrovie et de Moldavie, d’Ossétie, d’Abkhazie et de Géorgie, auront de droit, comme tous les autres européens, toute leur place dans la Nouvelle Europe libre. Ajoutons une place égale en droits et en devoirs, autour d’une même citoyenneté, et non pas des droits réduits et variables selon l’origine comme dans la très inégalitaire et anti-démocratique l’Union Européenne (où cohabitent le « peuple des seigneurs » du noyau fondateur muni de tous les droits, des « peuples de seconde zone » comme les nouveaux adhérents dont les citoyens ont des droits réduits et qui fait face aux « peuples ilotes » à qui est promis un jour lointain l’entrée dans l’UE).

Européens de l’Est et de l’Ouest, sans aucune distinction d’origine nationale, ethnique, linguistique ou confessionnelle : Tous citoyens unis de notre Grande Patrie eurasiatique !

 

Luc MICHEL

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(Article publié initialement dans LA CAUSE DES PEUPLES, Bruxelles-Paris, n° 31, décembre 2006 / Copyright Luc MICHEL, tous droits réservés de reproduction et de traduction – Reproduction libre avec l’accord préalable de l’auteur : info@pcn-ncp.com)

 

NOTES :

 

(1) Les politologues sérieux classent la doctrine du PCN – que nous appelons le « Communautarisme européen » – comme « nationale-communiste » (Quand le PCN était représenté dans les années 90 en Belgique au Parlement wallon, la questure nous avait repris sous cette étiquette). Un vocable réducteur mais qui a le mérite d’être explicite en illustrant la démarche idéologique : fusion des luttes de libération nationale et sociale. Parmi les formes modernes de « national-communisme » on place en compagnie du PCN en Europe le KPRF de Zuganov en Russie, le SPS de Milosevic, l’ex-JUL (la Gauche Unie Yougoslave) « néo-bolchevique » de Mira Markovic, ou encore le régime de Lukashenko au Belarus. Le FLN vietnamien ou la Corée du Nord appartiennent au même univers idéologique. S’il est né en Europe de l’Ouest avec les théoriciens du « Communautarisme européen », c’est évidemment en Europe de l’Est, terrain fertile, qu’il s’est développé et monte en puissance. « Le spectre du National-communisme hante l'Europe orientale », écrivait l’hebdomadaire « L’EUROPE COMMUNAUTAIRE » en octobre 1999 : « Une coalition nationale-communiste est au pouvoir à Belgrade. En Biélorussie, le président Lukashenko incarne la même synthèse unitaire. En Ukraine, le leader national-communiste Simonenko, malgré le silence des media, représente la seconde force du pays à l'élection présidentielle. Et le Parti Communiste de la Fédération de Russie, première force d’opposition du pays, conduit un Bloc patriotique dans la droite ligne de la « Troisième Rome » nationale-bolchevique. Sans parler des Nationaux-léninistes de la « Russie du Travail » de Viktor Ampilov, encore plus radicaux (…) En Russie, en Biélorussie, en Serbie, en effet, l'évolution des communistes se fait moins en direction de la social-démocratie compradore et du libéralisme qu'en direction du nationalisme populaire et révolutionnaire. D'où l'importance dans ces pays des passerelles « nationales-communistes ». »

L’origine de ce courant, qui a marqué de son empreinte puissante le XXe Siècle, est l’aile gauche du Parti bolchevique avant 1917, comme l’a précisé l’étude fondatrice du professeur Agursky sur « La Troisième Rome, le National-bolchevisme en Russie ». Après la victoire de Staline, cette idéologie devait s’affirmer comme le courant dirigeant en URSS (comme vient encore de le démontrer magistralement le professeur Brandenberger dans son « National Bolshevism. Stalinist Mass Culture and the Formation of Modern Russian National Identity »). Comme l’analyse pertinemment Philippe BUTON dans « Communisme : une utopie en sursis ? », la démarche idéologique est caractéristique : « Staline a l’intelligence de ne pas séparer ni de juxtaposer, mais de fusionner ces deux éléments, à l’origine antithétiques, que sont le communisme et le patriotisme ». Au travers de toute l’histoire du XXe Siècle, le National-communisme s’est révélé être le meilleur rempart contre l’impérialisme et le colonialisme. De la victoire de Stalingrad à la lutte de libération du Vietnam en passant par celle de Mao en Chine ou de Castro et du Che à Cuba, cette idéologie libératrice, qui conjugue les exigences de la question nationale et de la question sociale, est le seul rempart véritable contre l’Impérialisme. Et ce n’est pas un hasard si au cours des 15 dernières années seuls des régimes national-communistes ont tenu tête à l’hyperpuissance américaine après l’implosion de l’URSS. La Yougoslavie de Milosevic, le Belarus de Lukashenko, la Corée du Nord en sont de bons exemples.

Au sein de cette mouvance, le PCN a joué un rôle initiateur dès le début des années 80, jetant les bases idéologiques du national-communisme moderne et opérant en son sein les premières convergences politiques qui vont caractériser ce courant. Alors que la campagne de presse sur le « retour du national-bolchevisme » faisait la Une des media français de l’Eté 1992, l’hebdomadaire belge à grand tirage « TELE MOUSTIQUE » (Bruxelles, 2 septembre 1993) soulignait la primauté du PCN et titrait « Les nationaux-bolcheviques. depuis Charleroi, ils planifient un Empire de l’Europe l’Asie » (c’est à Charleroi, ancienne région minière – le « Pays noir » – que se situait les locaux du premier Secrétariat-général du PCN, avant son installation à Bruxelles). L’hebdo bruxellois y précisait ce qui suit : « le phénomène « national-bolchevique » est né et s’est structuré, il y a plus de dix ans, au cœur de notre pays noir (...) Dès sa création, le parti se revendiqua de l’idéologue belge Jean THIRIART (1902-1992) (…) Ce félin de la subversion (...) devint avec Luc MICHEL, le théoricien du PCN. THIRIART était considéré par ses émules comme le « Lénine de la révolution européenne ». Quand à lui, il aimait se définir comme un « national-bolchevique européen » qui revendiquait une alliance avec feu l’URSS pour la création de l’Empire EURO-ASIE. THIRIART, avant son décès en novembre 1992, avait établi des liens étroits avec les nationaux-révolutionnaires néo-bolchevique russes. Le PCN se veut un parti européen. Il rêve de voir surgir, sur la débâcle des régimes occidentaux, un Empire « socialiste national européen ». Pour ce faire, il y développe un semblant de toile d’araignée sur le Vieux Continent… »

 

(2) Comment définir la « Démocratie Directe » à l’aube du XXIe siècle ? Le Colloque sur « LA DEMOCRATIE DIRECTE : L’ALTERNATIVE DU 21e SIECLE », organisé par le MEDD, sous la direction de Luc MICHEL, le 31 juillet 2006 (La Roche – Wallonie), avec des participants venus de 18 pays européens, africains et arabes, entendait répondre à cette question et exposer les « théories et praxis de la Démocratie Directe face à la crise du parlementarisme occidental ». A savoir :

- les sources européennes de la Démocratie Directe (La Suisse – Robespierre/1793 – La commune de Paris/1870 – Les Soviets – Le Référendum - le « Communautarisme européen » et Jean Thiriart) ;

- l’expérience-pilote libyenne (le Livre Vert de Moammar Kadhafi - Le système Jamahiriyen) ;

- la Démocratie Directe en Afrique (l’expérience de Thomas Sankara) ;

- les expériences de Justice Populaire en URSS, en Albanie socialiste et en Libye (« Justice, Ordre social et Démocratie Directe ») ;

- les expériences d’autonomie municipale (Libye, Albanie socialiste, Cuba, Irak ba’athiste).

Pour la première fois dans l’histoire des études sur le sujet, ce Colloque abordait – toutes les théories et praxis de la Démocratie Directe en Europe et leurs apports ou rapports avec les expérience-pilotes d’Afrique et d’Amérique latine.

Les participants ont notamment longuement abordés les thèmes connexes à la Démocratie Directe, comme :

- l’armement du peuple (« l’alternative fondamentale est entre des citoyens armés et des électeurs désarmés » disait Jean THIRIART, le théoricien du pouvoir populaire européen),

- la propriété sociale des moyens de production,

- l’autogestion syndicale et la place centrale des syndicats dans la Démocratie Directe,

- et la Justice populaire.

Comme Luc MICHEL le soulignait dans sa communication d’introduction, « la Démocratie Directe est la forme véritable et originelle du pouvoir populaire des peuples d’Europe », la démocratie directe est le mode de gouvernement naturel des peuples européens.

La démocratie directe repose sur une notion fondamentale, c’est le mode de la nation responsable et engagée qui est prêt à risquer sa vie pour la communauté. Le peuple souverain est un peuple en arme. Pour les théoriciens de la démocratie directe l’armement du peuple est une notion fondamentale.

Retraçons l’histoire de la Démocratie directe jusqu’à l’époque moderne :

Dans l’antiquité et jusqu’au début du Moyen Age européen, la démocratie directe est le mode naturel de gouvernement des populations européennes, que ce soit en Grèce, à Rome, dans les tribus celtiques, dans les tribus germaniques. C’est l’assemblée des hommes armés qui décide et qui choisit le chef. Ce mode de gouvernement va exister en Europe jusqu’à l’époque de Charlemagne c’est à dire jusqu’au VIIIème siècle.

Un phénomène constant de la démocratie directe c’est qu’elle finit par être confisquée. A un moment donné, une oligarchie accapare le pouvoir et généralement la démocratie directe se transforme en un système monarchique ou féodal. En Europe par exemple à partir du VIIIème siècle, la féodalité c’est la dégénérescence de la démocratie directe. Pourquoi ? Parce que ce sont toujours les hommes en arme qui décident du gouvernement, par exemple le roi de France ou l’empereur germanique c’est le premier des nobles du Royaume, mais le problème c’est que la fonction de défense de la patrie est accaparée par des soldats professionnels. Qu’est ce que la Noblesse en Europe ? C’est ceux qui ont le monopole de la défense. Toutes les autres catégories de la population, ceux qui ne se battent plus, ceux qui ne sont plus armés, cela devient des citoyens soumis, exploités, qui n’ont plus de droit politique. C’est le phénomène des oligarchies et c’est déjà on peut dire un bonapartisme précoce puisque c’est l’accaparement par les militaires du gouvernement.

La démocratie directe va survivre dans un seul état, après l’an 1000 c’est la Suisse justement. La Suisse échappe à la féodalité, c’est un ensemble de Cantons on pourrait dire maintenant un ensemble des municipalités (évidemment les femmes en sont exclues, mais dans la plupart des sociétés de l’antiquité la femme n’est pas considérée ni comme un citoyen à part entière ni même comme un membre actif de la communauté, la femme est souvent considérée comme un objet, une marchandise ou une mineur). En Suisse, pour avoir le droit de voter, de prendre des décisions, on revient à la notion de peuple armé, il faut se présenter à l’assemblée des citoyens avec une arme, il faut prouver qu’on est prêt à défendre la patrie. Le système suisse il ne faut pas croire qu’il va durer jusqu’à l’époque actuelle. C’est une dégénérescence et il va se transformer en un système semi-féodal rapidement. Mais les Suisses, au terme d’une évolution, vont rapidement dès que la féodalité va être abattue en 1789, se souvenir de leur expérience et remettre en route un système partiel de démocratie directe qui est un modèle en Europe.

Pour certains théoriciens européens de la démocratie directe moderne comme Jean Thiriart, « la Suisse est en Europe le seul état qui peut dire qu’il a une légitimité démocratique, la Suisse est le seul pays en Europe - avec à l’époque moderne la Yougoslavie de Tito et l’Albanie socialiste – où le peuple est armé », c’est le seul état au monde, parce que même la Libye n’a pas adopté ce système, où les citoyens ont leur armement de guerre chez eux y compris l’armement lourd, les Suisses ont chez eux leurs fusils d’assaut, des munitions et pour certains des mitrailleuses lourdes.

On va revoir l’idée de démocratie directe ressurgir avec la destruction de la féodalité. En 1793, la révolution française arrive à son paroxysme. Une fraction qui est à l’époque la plus progressiste, les jacobins, arrivent au pouvoir avec Robespierre. Robespierre, notamment dans la première Commune de Paris en 1792-1793, instaure et parle de démocratie directe. Robespierre contrairement à tout le reste de processus de la révolution française en 1789 refuse le principe de la délégation parlementaire. L’expérience est très vite avortée puisque Robespierre a subi un coup d’état et a été exécuté.

A l’époque, il existe une fraction encore plus radicale : les babouvistes. Ce sont les partisans de Gracchus Babeuf, que Marx ou Lénine considéraient comme les premiers communistes. Eux veulent la démocratie directe intégrale suivant un mode qui rappelle assez celui de la Jamahiriya libyenne. On sait que pour Moammar Kadhafi, 1793 est la grande référence. Lorsque le président français Jacques Chirac s’est rendu en Libye l’année précédente, Tripoli était couvert d’affiches faisant le parallèle entre la révolution française et la révolution libyenne et Kadhafi a dit « notre révolution est l’étape suivante, l’aboutissement de la vôtre ».

L’idée de démocratie directe va survivre grâce à l’enseignement justement des babouvistes. En 1870, c’est la guerre entre la Prusse et la France, et le régime bourgeois qui est celui de Napoléon III, s’effondre. On voit à Paris une insurrection populaire qui crée un gouvernement autonome, la Commune de Paris (la seconde), qui va  durer un peu plus d’une année avant d’être écrasé par les armées de la bourgeoisie et ce gouvernement est gouverné par un mode de démocratie populaire ; c’est important parce que c’est la première fois à l’époque moderne que la démocratie directe va être effectivement appliquée.

L’expérience de la Commune de Paris est très importante parce qu’on l’ignore trop souvent c’est à partir d’elle que va être conçu le concept de « soviet » en Russie, vous savez que pour les révolutionnaires russes, qui se disent marxistes, la véritable référence est le Jacobinisme et la Révolution française. Et la forme de démocratie directe qui est pratiquée dans la commune de Paris va être appliquée aux soviets. Quand les soviets apparaissent-ils ? Pendant la première révolution russe de 1905. Le peuple se soulève contre le tsarisme et met en place un système de démocratie directe qui est défendue par des milices ouvrières. Le problème c’est que les révolutionnaires sont divisés et que l’armée contrairement à ce qui se passer en1917 ne bascule pas de leur côté. Le pouvoir tsariste va donc écraser les soviets. Arrive 1917. Et en 1917 lorsque le pouvoir tsariste s’effondre c’est une république libérale et bourgeoise qui instaure un système de multipartisme : la douma ; mais parallèlement à cette révolution bourgeoise il y a une auto organisation du peuple, et on voit les soviets réapparaître. Un parti, qui est le Parti bolchevique, décide de s’appuyer sur les soviets pour passer à une révolution qui n’est plus bourgeoise mais populaire, c’est ce parti qui l’emporte mais qui l’emporte dans les conditions d’une guerre civile et d’une intervention étrangère. A l’époque il y a des armées françaises, américaines, japonaises, britanniques qui sont présentes sur le sol russe pour écraser la révolution, il y a des armées contre-révolutionnaires ; à un moment donné par exemple le pouvoir bolchevique ne contrôle que Petrograd et une petite zone d’environ un millier de kilomètres autour de Moscou.

Lorsque l’on étudie l’expérience soviétique, nous avons en occident une vision faussée. Pourquoi ? La critique, l’étude historique que l’on fait dans le monde bourgeois de la révolution bolchevique elle est basée en fait sur une analyse, c’est celle de Léon Trotski. Dans les années 1922-1928 le conflit existe entre Trotski et Staline. Trotski perd, il est exilé et pour expliquer sa défaite produit un livre de propagande contre le régime soviétique qui s’intitule « la révolution confisquée ». La grande idée que l’on trouve dans les média bourgeois c’est de dire après 1922, on « liquide le régime soviétique ». Ce n’est pas exact. Ce que liquide le stalinisme c’est le multipartisme. Mais dans le reste de l’organisation, c’est à dire le gouvernement des municipalités, l’application de la justice, il reste les formes de démocratie directe, celle des soviets. C’est par exemple sous Staline que va se mettre en place le système de justice soviétique qui va servir de modèle au libyen, le système de justice soviétique c’est un système de démocratie directe, il n’y a pas (ou peu) de magistrats professionnels par exemple, ce sont des magistrats élus dans le peuple.

Les années passent et à l’époque moderne il faut attendre les années 60 pour voir ressurgir l’idée de démocratie directe. Entre 1960 et 1966, Jean Thiriart, le fondateur et le premier théoricien du Communautarisme européen réfléchit à une critique de la démocratie parlementaire et aux solutions, aux alternatives à lui appliquer.

En 1969, c’est la révolution libyenne et entre 1969 et 1976 se met en place la Jamahiriya, à l’époque moderne la seule expérience de démocratie directe qui est complète et qui a survécu.

A la même époque il y a deux expériences de démocratie directe partielle. La première c’est celle de l’Irak ba’athiste de Saddam Hussein. Le Ba’ath c’est un parti nationaliste révolutionnaire arabe, c’est le grand rival de Nasser, et ce sera à un moment donné l’un des rivaux de Moammar Kadhafi pour le leadership pan arabe. Au départ le Ba’ath entend remplacer le multipartisme par un système politique de front national, c’est un système politique qui copie le système qui est instauré en République Démocratique Allemande, en Allemagne de l’Est, depuis de 1948. Qu’est ce que ce système ? On accepte l’existence d’une série de partis dit progressistes autours d’un parti dirigeant en Allemagne c’est le SED, le parti communiste, en Irak c’est le Ba’ath bien entendu. Et ces partis se regroupent sur une liste dite de front national pour former le gouvernement. C’est le système qui va fonctionner en Allemagne de l’Est, en Hongrie ou en Bulgarie, jusqu’à la chute du bloc soviétique. C’est encore aujourd’hui le système qui gouverne un autre système ba’athiste, qui est le Ba’ath syrien. En Irak les choses ne vont pas bien se passer et dès 1972, le régime va regarder comment remplacer les partis progressistes directement par le peuple dans ce Front national. Et va se mettre en place en Irak, c’est le même nom qu’en Libye, des congrès populaires, qui par exemple administrent les municipalités.

Il y a une autre expérience à la même époque c’est celle de l’Albanie socialiste d’ Enver Hoxha. Un colloque qui s’appelle « le pouvoir du peuple » a longuement abordé en mars 1981 à Paris les comparaisons entre l’Albanie et la Libye. En Albanie il y a un parti communiste dirigeant, c’est la différence avec la Libye, mais pour le reste le système fonctionne suivant ce qu’ils appellent le contrôle ouvrier qui est une forme de démocratie directe, c’est à dire que tout le pays est organisé avec des comités qui s’appellent les comités révolutionnaires, avec des ouvriers élus, qui dirigent les usines, qui dirigent les municipalités et qui ont un droit de critiques sur le parti. Une notion que les Albanais introduisent, qui est intéressante, c’est la rotation des dirigeants. Périodiquement, personne en Albanie ne reste plus de 5 ans à un poste, lorsque quelqu’un a eu un poste de dirigeant important, directeur d’usine, ambassadeur, ministre, après 5 ans il doit obligatoirement aller retravailler à la base.

Les partisans radicaux de la Démocratie Directe sont regroupés dans le MEDD – le Mouvement Européen pour la Démocratie Directe, qui entend particulièrement « militer pour la Démocratie directe en tant qu’ alternative à la faillite et à la corruption de la pseudo démocratie parlementaire », « renouer avec les racines européennes de la démocratie directe (expérience suisse, théorie de l'incorruptible Robespierre en 1793, etc.) » et « assurer leur synergie avec l’expérience pilote moderne de démocratie directe développée par la Révolution libyenne ».

 

(Article publié initialement dans LA CAUSE DES PEUPLES, Bruxelles-Paris, n° 31, décembre 2006 / Copyright Luc MICHEL, tous droits réservés de reproduction et de traduction – Reproduction libre avec l’accord préalable de l’auteur : info@pcn-ncp.com)

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